Psithurisme Nostalgique

Psithurisme Nostalgique

Les Garçons du Lycée.

Petit brunch entre amis du lycée. L’occasion de ressortir de vieilles photos et de déterrer de vieilles histoires.

L’occasion surtout de repenser aux garçons du groupe que j’appréciais.

J’aimais bien François. Je crois qu’il existe une photo de nous deux nous réveillant ensemble. J’avais senti comme une éventualité et, sur ce matelas à même le sol, au milieu de tout le monde, j’avais roulé vers lui et posé ma tête sur son torse.

Nous étions quelques temps après le lycée, dans la maison de campagne de l’un d’entre eux. Nous dormions tous ensemble. Mais nous voir dans cette position avait fait bugguer l’une de nos amies.

Je me souviens qu’à un autre moment, en dehors de ce weekend, il m’avait dit qu’il était un “futur ex gay”. Un charabia de garçon hétéro pour dire qu’il ne pointait sans doute pas 100% à l’hétéronomètre. C’était au début des années 2000.

Et il y avait Thomas. C’était déjà un monsieur avec son corps bien développé. Sa voix grave, sa carrure de rugbyman et son boxer bien moulé. Sur ces matelas disposés au sol, il avait dû m’enjamber et cette vision d’un boxer épousant parfaitement les formes d’un garçon m’avait fortement marquée.

C’était un homme. Et j’avais le corps d’une fille. Et c’est surtout ce qu’il représentait qui me fascinait. Cette masculinité que je ne souhaitais ni n’imaginais un jour pouvoir incarner.

Je n’ai pas revu ces garçons depuis au moins vingt ans. Et maintenant que je suis moi-même devenu un adulte avec un corps de monsieur, je repense à tout cela et ça me fait sourire.

Des fois, j’imagine mon moi-2026 rencontrant mes versions passées. Et je me demande. Est-ce que je nous ai trahis en acceptant de devenir un homme ? Est-ce que vous me trouveriez beau ou sexy avec ce corps, ces poils, cette épaisseur et cette voix ?

Les images qui illustrent ce billet viennent de la série Young Americans, spin off de Dawson datant de 2000. Hamilton (à droite) se sent perdu car il est attiré par Jake (à gauche). Seulement Jake est une fille qui se fait passer pour un garçon pour intégrer cette école.

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Araignées colocataires.

Depuis la canicule, c’est fou ce que les araignées et les insectes viennent se cacher à la maison. On se croirait parfois dans un Ghibli.

L’appartement était déjà un repaire bien connu des araignées qui venaient et revenaient inlassablement.

J’avais beau les chasser. Gentiment. Elles réapparaissaient toujours. Les remettre dehors était devenu un travail à plein temps.

Habituellement, ce sont toujours les Folegandros qui entrent secrètement et s’installent au plafond. Mais dernièrement, j’ai commencé à en voir de toutes les formes et de toutes les couleurs. Jusqu’à cette magnifique et effrayante demoiselle qui s’était installée en deux minutes près de ma tête.

Les Folegandros, ce sont les grandes noires à pattes fines. C’est le surnom que je leur avais donné il y a quelques années en Grèce. La sonorité amusante du mot (on ne se trouvait même pas sur Folegandros) m’a fait oublier pour un moment ma peur des araignées. Et j’arrive, depuis à les tolérer.

Kévin Bacon est plus cool que moi. Il a grandi dans une maison à la campagne. Mais pour moi, issu du béton citadin, c’est juste inconcevable.

Alors je fais un deal avec elles quand j’ai la flemme de les sortir. Si tu restes à la maison, tu chasses les moustiques !

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La Mémoire des Lieux.

Le Footlocker qui faisant l’angle avec le BHV sur Rivoli a fermé. Et en passant devant, je me suis souvenu.

C’était autrefois un Quick. On pouvait y aller très tôt en sortant de boîte. Ou en journée comme c’était arrivé une fois avec Adam et Le Grand Blond. J’ai d’ailleurs des photos de ce jour-là.

Paris c’est cela. Des lieux qui nous marquent et qui vivent, qui meurent, qui sont remplacés par de nouveaux lieux sans âme qui seront remplacés à leur tour.

J’aime beaucoup avoir cette mémoire des lieux. Et des fois, j’aimerais les marquer. D’un petit monument ou d’une petite tablette, juste pour leur faire justice. Pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli.

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La liste de courses de 2006.

Et soudain, à un brunch. Tu prends un Chai Latte avoine, un jus d’abricot et un avocado toast. Il y a un buffet de desserts à volonté. Et la formule complète est à 33 euros.

Et tu repenses à ton toi d’il y a vingt ans. S’il était venu. Parce que 33 euros, en 2006, tu ne les aurais jamais dépensés en brunch.

Un brunch ?! Non, tu aurais fait un ciné et un restaurant japonais. Le menu bateau du restaurant Kyô dans le Marais était à 20,50 euros et c’était déjà ton max. Et ton truc à l’époque, c’était de prendre à chaque fois un Banana Split en dessert. C’était une fois par semaine.

Tu étais encore en temps partiel chez GAP. Tu bouffais pour deux et tu restais longiligne. Tu bloguais tous les jours. Et ta liste de courses était incroyable.

Tu faisais un peu plus d’un kilomètre à pieds pour aller chez Carrefour. Tu prenais toujours des Rice Krispies, du lait – que tu ne pourrais plus boire aujourd’hui, du Kiri, du blanc de poulet en tranches, du pain de mie, des steaks hachés, des Farfalle, du coulis de tomate, des gâteaux sablés fourrés noisettes ou des Pims poire, des yaourts avec des morceaux de fruits et ton pack de coca.

C’étaient tes aliments de base, aujourd’hui remplacés par des flocons d’avoine, des graines de chia, du beurre de cacahuètes, du skyr, du yaourt grec, des steaks végé, des bananes, du sirop d’agave…

C’est fou comme vingt années ont profondément changé ta réalité. Et en y repensant, la nostalgie aidant, je te propose quelque chose.

La prochaine fois que le Mari s’absente une semaine. Pour nourrir ta nostalgie. Et si tu refaisais les courses comme en 2006. Et si tu te refaisais une plâtrée de pâtes au kiri et que tu la mangeais devant un vieux film ou une série sans regarder ton téléphone ?

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Sayonara Iphone XR.

Je tiens à mes affaires. Et j’ai parfois beaucoup de mal à me séparer de certaines de mes possessions.

Je lutte constamment contre mon côté accumulateur pour ne pas finir vieux entouré d’une pile d’objets inutiles que je n’aurais jamais pu jeter. Mais certains objets ont une place particulière pour moi.

Et quand leur heure a sonné. La décision de m’en débarrasser devient très difficile à prendre.

Depuis au moins deux ans, il était question de changer mon téléphone. Un iPhone XR acheté quelque part en 2018. Mais je n’y arrivais pas.

C’était LE téléphone fait pour moi. La forme parfaite, la taille parfaite. Il était juste parfait.

Seulement, j’ai compris que l’on ne peut rien faire contre l’obsolescence programmée. C’est la Destinée des appareils. Et j’ai repoussé et repoussé le moment de devoir m’en séparer.

À l’Apple Store Opéra, j’ai finalement dû me résigner et prendre un nouveau téléphone. Et lorsque la jeune fille m’a demandé si je souhaitais bénéficier de la reprise de mon ancien appareil, je pense qu’elle a tout de suite saisi le désespoir dans mes yeux.

Il a maintenant rejoint mon tout premier iPhone. Celui de 2008. Dans lequel, se trouvent encore les textos des garçons de 2008 et les musiques que j’écoutais à l’époque. Dans cette boîte à malice, où s’entremêlent souvenirs et objets-mémoires.

Sayonara iPhone XR.

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Le garçon à la moustache.

Je venais de descendre du train et je voulais un coca avant de rejoindre mon hôtel pour continuer à y travailler tranquillement.

En caisse au Hema de la gare de Bordeaux, complètement dans mes pensées, le jeune homme m’a dit que j’avais une belle veste. J’ai levé les yeux pour le remercier et j’ai dû rougir ou paraître confus.

Un grand et très beau garçon avec un gentil sourire et une belle moustache.

Lorsque je suis revenu trois jours plus tard. J’étais encore plus gêné parce que cette fois-ci je ne venais pas par hasard. Et parce qu’en plus, il se souvenait de moi.

De ma veste. Il se souvenait de ma veste.

Cosmo-Musicologie, Psithurisme Nostalgique

Counting down the days

Vingt ans. Pour cet album de Natalie Imbruglia.

J’étais allé l’acheter à sa sortie au Virgin Megastore des Champs-Elysées. Et je l’ai écouté tout l’été.

Pour moi, 2005, c’est un été sans fin. Je crois d’ailleurs que tous mes souvenirs de cette année se résument à cette saison.

Je me revois alors. Avec ce jeans évasé GAP, ce pull jacquard à losange bleus et verts H&M et ces Adidas boxer blanches aux pieds.

J’étais toujours accompagné de Cayetano malgré notre rupture plus tôt dans l’année. Nous nous prenions constamment en photo et nous les postions quasi-quotidiennement sur DeviantART. Je bloguais chaque jour. Je me souviens des épisodes de The L Word qui passaient à la télé à ce moment-là. Mais aussi de la téléréalité Top Model 2005. Du magazine Glamour que j’achetais tous les mois. Je rêvais d’y être journaliste.

Je n’ai jamais été aussi beau qu’à cette époque. Et, je me dis souvent que je n’en ai jamais réellement profité. Je mangeais pour quatre et je perdais du poids. Je buvais une bouteille de coca par jour. Mes cheveux étaient souples et encore en vie. Et les clientes du magasin dans lequel j’étais vendeur en temps partiel me complimentaient chaque jour – avec une pointe de jalousie – sur ma silhouette.

En août, je déménageai dans mon appartement. Le même qu’aujourd’hui. Et je dois dire en y pensant qu’il est actuellement dans le même état que moi.

Oui. Je peux le dire. J’ai beaucoup aimé cet été-là.

Counting down the days. Cet album. Il me renvoie à ces moments. Il est plein de merveilles. Natalie Imbruglia est une artiste terriblement sous-cotée. Et j’ai toujours trouvé cela injuste.

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Sur le Quai.

En faisant le ménage sur mon twitter abandonné, je suis tombé sur ce tweet.

Je m’en souviens. Et je peux même retourner sur ce quai. À cet instant précis. En 2009. Le 3 mai 2009.

Je rentrais de l’aéroport. J’étais parti quelques jours à Barcelone pour souffler après une rupture. J’avais beaucoup pleuré dans l’avion.

Et il était là. Sur le quai d’en face. Par le plus grand des hasards. Je n’avais répondu à aucun de ses messages. Il m’avait fait mal lui aussi et je lui en voulais tout autant qu’à celui qui m’avait brisé le cœur. Voire même plus encore.

J’avais beaucoup pensé à lui. Et quand je l’ai vu. Sur ce quai de la 13. À une heure de pointe. J’ai baissé le regard et j’ai pleuré. Quand j’ai relevé la tête, il avait disparu dans la foule.

Et j’ai pensé qu’il m’avait abandonné une nouvelle fois.

Mais il est arrivé devant moi, sur mon quai. Et je lui ai dit ce que je ressentais alors. “Quelque chose s’est brisé entre nous”. Comme s’il avait été placé là juste pour que je puisse lui dire tout ce que j’avais sur et dans le cœur.

Après un moment, chacun de nous a pris son métro.

Malgré nos efforts, nous n’avons jamais réussi à recoller les morceaux.
J’aimais beaucoup ce garçon.

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Betty Suarez for ever.

C’est amusant. Pratiquement la même place. Dans ce même bar. Un peu plus de quinze ans plus tard.

Je n’ai pas tilté quand cet ami m’a proposé d’aller au “Voulez-vous”. C’est en arrivant devant que j’ai souri et lui ai dit que c’était “le Carré”.

Son ancien nom.

J’ai des photos de la dernière fois où j’y suis allé. C’était avec Atypik. Quelque part en 2008. Je portais un T-shirt bleu turquoise. J’avais des cheveux. Et je n’aimais pas cet endroit. Je lui préférais le regretté Starbucks de la Rue des Archives.

2008 – 2024. Et face à moi, le même type de garçon. Beau, au tableau de chasse conséquent, rendant littéralement fous tous les mecs et se sentant suffisamment en confiance avec moi pour m’offrir sa vulnérabilité et une facette inconnue des autres.

En confiance, vraiment ? Ou simplement face à quelqu’un qui n’est pas une option.

Il y a des choses qui ne changent pas.

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Le Coeur assez gros pour aimer deux garçons à la fois.

En allant jusqu’au métro ce matin. Je me suis souvenu d’une histoire qui m’est arrivée il y a fort longtemps. Dans une autre vie.

J’étais ami avec un garçon. Et amoureux d’un autre. Je les aimais très fort tous les deux. Et même si j’avais du mal à définir mes sentiments, je savais que j’aimais l’amoureux encore plus.

Un soir, il avait reçu un message de l’autre garçon.

Un message qui lui disait de ne pas avoir peur, que malgré les sentiments que j’avais pour lui, il ne se passerait jamais rien entre nous. Que c’était très clair et qu’il s’y engageait. Jamais je ne ferai quelque chose qui pourrait nuire à votre relation.

Nous étions tranquillement assis chez lui, quand l’amoureux m’en parla. J’ai reçu un message de ton ami qui me dit de ne pas m’inquiéter si tu l’aimes car pour lui il n’y a pas d’ambiguïté.

Avant de continuer, devant ma mine effondrée.

Tu sais, il y a des gens qui peuvent aimer plusieurs personnes. Comme Toi. Tu as un coeur assez gros pour aimer plusieurs garçons à la fois.

J’étais là, sur son fauteuil. À le regarder. Je me souviens de ce que je ressentais alors. J’aurais pu être nu au centre du Stade de France que je ne me serais pas senti aussi exposé. Trahi.

Ils avaient tous deux décidé de mettre des mots sur mes sentiments. Décidé à ma place de ce que cela signifiait. Et convenu d’un pacte.

Le Coeur assez gros pour aimer deux garçons à la fois.

Ce soir-là. Je l’avais trouvé froid. Distant. Et cette distance allait se creuser petit à petit. Jusqu’à ce que quelques mois plus tard. Deux mois pratiquement. Assis au même endroit, il m’annonçait avec autant de détachement que c’était fini. Et me soufflait d’appeler l’autre pour me réconforter parce que c’était mon ami.

Je les ai perdus simultanément. Et je me suis fait la promesse de faire en sorte que jamais plus personne ne me dise que j’avais le coeur assez gros pour aimer plusieurs garçons à la fois.

Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à cela ce matin.
Parfois les souvenirs des autres vies remontent et que je le veuille ou non, il faut passer un moment avec.