Mélancolie Apocalypse

Ma plus longue relation.

Lui, c’est ma plus longue relation. Et je l’ai maltraité.

Je le connais depuis le 1er août 2005. J’avais 22 ans et c’était mon premier. Il est plutôt grand et bien fait.

Je ne peux pas dire que ça a été le coup de foudre. En réalité, je fantasmais plutôt sur son voisin du 7eme. Mais je me suis tout de suite senti bien avec lui. Et nous sommes devenus inséparables.

Ces derniers temps, je trouve qu’il a l’air plus fatigué. Et je me demande s’il m’en veut de n’avoir pas aussi bien pris soin de lui que lui de moi. Nous avons vieilli tous les deux mais il fait quand même plus marqué que moi.

Je m’en veux. Je pense souvent à tout ce que j’aurais pu faire pour lui. Et je me demande pourquoi je l’ai traité ainsi.

En réalité, depuis quelques années, je songe à le quitter. J’imagine ma vie avec un autre. À quoi elle ressemblerait, si je serais toujours le même… Mais rien que d’y penser, j’ai la gorge qui se noue. Et je pense que je n’arriverai jamais à prendre cette décision.

C’est mon appartement depuis vingt ans. Vingt ans.

Il a connu trois petits amis.
Il a vécu deux ruptures amoureuses.
Il a accueilli mes ami.e.s les plus proches.
Il a réuni Les Garçons lors de cette soirée de Noël.

Il m’a vu rire, pleurer, cuisiner les pires choses en cuisine, prendre des bains de quatre heures, prendre des photos de moi peu habillé, boire des litres de coca, rapporter chaque soir de nouveaux vêtements ou livres, passer des nuits entières à dessiner et bloguer, devenir un Plant Daddy, tomber amoureux, me confiner, faire le deuil de mon père, emménager avec Kévin Bacon…

Il m’a vu devenir un monsieur, perdre mes cheveux, m’étoffer mais surtout m’affirmer, prendre confiance en moi, devenir fort et courageux…

Je ne sais pas encore exactement quand, mais je sais que le jour où cela arrivera, le jour où je partirai, j’aurais le coeur brisé.

Parce que même si j’ai maltraité cet appartement, je l’aime.