Mélancolie Apocalypse

Mélancolie Apocalypse

Son appartement rue Sedaine.

Pas loin de mon travail. Se trouve la rue où vivait D.

Je me souviens de son appartement.
On y avait été en before avant une Doctor Love le samedi 19 décembre 2009.

Ça avait été un weekend fou. Un de ces weekends que mon corps ne me permettrait plus de faire aujourd’hui. J’étais sorti le vendredi soir après mon travail puis avait été directement retravailler le lendemain. Et je devais à nouveau faire une nuit blanche pour cette fameuse Doctor Love pour ensuite refaire une journée complète.

Il voulait que je revienne dormir chez lui mais j’avais refusé. Comme toutes ces fois où j’avais machinalement dit non à quelque chose. Comme si mes anges gardiens parlaient à ma place et voulaient me protéger d’un danger que je ne percevais pas.

Devant son insistance, nous nous étions mis d’accord pour que je vienne juste me doucher avant mon travail et que je reparte ensuite. J’avais le sentiment qu’il était déçu.

Nous sommes rentrés au matin après la soirée et je me suis préparé pendant qu’il dormait.

J’étais complètement hors service. Je n’avais pas dormi depuis deux jours.
Je me suis assoupi dans le RER en direction de mon travail et ai manqué mon arrêt. J’avais dû le reprendre en sens inverse, trainer mon corps jusqu’au magasin et assurer ce dimanche de fête.

C’est fou, tout ce dont on peut se souvenir depuis un simple nom de rue.
J’ai l’impression que c’était hier mais en réalité, cela fait maintenant seize ans.
Et pratiquement autant que nous ne nous sommes plus parlés.

Mélancolie Apocalypse

Ma plus longue relation.

Lui, c’est ma plus longue relation. Et je l’ai maltraité.

Je le connais depuis le 1er août 2005. J’avais 22 ans et c’était mon premier. Il est plutôt grand et bien fait.

Je ne peux pas dire que ça a été le coup de foudre. En réalité, je fantasmais plutôt sur son voisin du 7eme. Mais je me suis tout de suite senti bien avec lui. Et nous sommes devenus inséparables.

Ces derniers temps, je trouve qu’il a l’air plus fatigué. Et je me demande s’il m’en veut de n’avoir pas aussi bien pris soin de lui que lui de moi. Nous avons vieilli tous les deux mais il fait quand même plus marqué que moi.

Je m’en veux. Je pense souvent à tout ce que j’aurais pu faire pour lui. Et je me demande pourquoi je l’ai traité ainsi.

En réalité, depuis quelques années, je songe à le quitter. J’imagine ma vie avec un autre. À quoi elle ressemblerait, si je serais toujours le même… Mais rien que d’y penser, j’ai la gorge qui se noue. Et je pense que je n’arriverai jamais à prendre cette décision.

C’est mon appartement depuis vingt ans. Vingt ans.

Il a connu trois petits amis.
Il a vécu deux ruptures amoureuses.
Il a accueilli mes ami.e.s les plus proches.
Il a réuni Les Garçons lors de cette soirée de Noël.

Il m’a vu rire, pleurer, cuisiner les pires choses en cuisine, prendre des bains de quatre heures, prendre des photos de moi peu habillé, boire des litres de coca, rapporter chaque soir de nouveaux vêtements ou livres, passer des nuits entières à dessiner et bloguer, devenir un Plant Daddy, tomber amoureux, me confiner, faire le deuil de mon père, emménager avec Kévin Bacon…

Il m’a vu devenir un monsieur, perdre mes cheveux, m’étoffer mais surtout m’affirmer, prendre confiance en moi, devenir fort et courageux…

Je ne sais pas encore exactement quand, mais je sais que le jour où cela arrivera, le jour où je partirai, j’aurais le coeur brisé.

Parce que même si j’ai maltraité cet appartement, je l’aime.

Mélancolie Apocalypse

Le Monde d’Après n’existe pas.

Je repense très souvent au Confinement. À la période la plus grave du Covid. Lorsque nous avons déserté les rues. Cessé de bouger. Et ralenti notre activité.

Lorsque la Nature s’est régénérée. L’eau des fleuves et cours d’eau éclaircie. Et que les animaux sauvages ont profité d’un petit peu de répit. D’une pause bien méritée.

Je me souviens du silence. Du calme. Et de l’espoir que nous avions alors. De notre volonté de tout changer. De prendre de bonnes habitudes. Et de créer quelque chose de mieux.

Et comment nous l’avions nommé. Le Monde d’Après.

Nous sommes trois ans plus tard.
Nous sommes pire qu’avant.
Et le Monde d’Après n’existe pas.